Intro Cazalès

D’emblée, ce que l’on perçoit dans les courts-métrages de Gilles Thomat, ce sont les effets et le pouvoir du silence. Silence omniprésent, omnipotent aussi, qui forme le cadre et donne le ton. Un silence qui devient « matière », telle une ombre diffuse, créant une ambiance qui laisse au tournage toute latitude pour la mise en valeur des portraits. Dans le monde que nous connaissons, tant investi par un bruit de fond qui jamais ne cesse, ce silence est un pari fort, une signature qui impose le respect et donne envie de suivre le discours de la caméra. Il n’y a donc pas de bavardage, pas de prise de parole ni d’explication de l’artiste dans ces films. Nous sommes dans l’indicible. Tout l’espace est mis à disposition de la création et de son mode opératoire. C’est dans ce lieu ainsi construit que le moindre crissement d’un trait de crayon, le froissement d’un papier, le percement d’une pièce, le frôlement, se transforment en parole et disent l’action de créer. Rien que l’action. Rien que la création. Hors du temps, le portrait se dessine. Et l’on sait bien dans ce contexte la part de don de soi du réalisateur pour rendre compte des gestes essentiels. Le moindre geste qui prendra tout son sens pour les spectateurs que nous sommes. On imagine aisément qu’un tel résultat ne s’obtient qu’après des heures et des jours de tournage afin d’entrer en intimité avec l’artiste et repérer le « trait » qui manifeste l’essentiel. La caméra est oubliée. L’artiste « apprivoisé » dans un état de non-contrôle donne ainsi le plus naturel de lui-même. Le plus vrai aussi. C’est alors qu’entrent en résonance le réalisateur et son portrait. À ce moment précis, le regard exercé de Gilles Thomat filmant l’artiste en vérité produit une œuvre d’une autre nature : le court-métrage lui-même. Nous sommes donc invités à partager un moment d’exception qui d’une création nous porte vers une autre dans un mouvement spontané. Sans concurrence aucune, l’artiste au travail, montre la réalisation de son œuvre à travers un film, qui en faisant mémoire, fait acte de création. Tout ici repose sur l’authenticité. Celle de la posture des artistes. Celle du réalisateur. Chacun avec conviction, professionnalisme et amour de l’art amène à une concordance de tonalités et d’intentions. Chacun rend hommage à l’autre. La chose est assez rare pour être remarquée. Gilles Thomat s’inscrit dans la lignée des artistes vidéastes de talent qui savent nous surprendre et nous captiver.

Pascale Cazalès
Directrice de l’espace muséographique
Pascale Cazalès est maître de conférences. Directrice du pôle Art et Patrimoine de l’ICT. Membre de Céres (TR2),

150 150 Gilles Thomat
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